Théorie du support et de la connaissance inscrite

La théorie du support, est une théorie philosophique de la connaissance, issue notamment de la phénoménologie de Husserl[1], développée notamment à l'UTC à travers des philosophes comme Bernard Stielger ( 1994a[2], 1994b[3]) et Bruno Bachimont ( 1996[4], 2004[5]).

Le concept général de la théorie du support est que toute connaissance ne peut procéder que d'une inscription sur un support matériel.

Cette idée est développée en particulier autour du cas du support numérique.

DéfinitionConnaissance

Une connaissance est la capacité d'exercer une action pour atteindre un but.

  • Une connaissance pratique renvoie à une activité dans le monde matériel (notion savoir-faire), elle est corrélé un objet pratique (ce sur quoi porte l'action pratique).

  • Une connaissance théorique renvoie à la possibilité de produire ou reformuler des énoncés dans un code de communication (notion de savoir), elle est corrélée à un objet matériel, mais pour ce qu'il représente et non pour ce qu'il est (par exemple de l'encre sur du papier).

La connaissance pratique porte sur une modification physique du monde, la connaissance théorique porte sur une modification de notre représentation du monde.

( Bachimont, 2004[5], pp65,67)

DéfinitionLa connaissance inscrite

Toute connaissance repose sur une inscription, dont elle est l'interprétation :

  • la connaissance est l'interprétation de l'inscription

  • l'inscription est la matérialisation de la connaissance

Ainsi un livre, une cassette vidéo ou un logiciel véhiculent des connaissances, sans les modéliser au sens de la logique formelle ou de l'IA[6], mais en leur offrant un support de mémorisation et de manifestation.

La transmission de connaissance résulte de son inscription intentionnelle sur un support par un auteur pour un lecteur.

ComplémentLe support comme prothèse

Le support technique devient alors une prothèse cognitive, un processus d'extériorisation, qui permet l'anticipation et la constitution de modes nouveaux de représentation : « par pro-thèse nous entendrons toujours à la fois : posé devant, ou spatialisation (é-loignement); et posé d'avance, déjà là (passé) et anticipation (prévision), c'est à dire temporalisation. ( Stiegler, 1994[2]) ».

Le support est donc un moyen de spatialiser l'information, pour la rejouer dans le temps.

Remarque

Le support est à prendre au sens le plus large, pour soutenir une telle thèse, il faut en effet élargir la notion d'inscription à tout ancrage matériel de la connaissance, et en particulier au corps :

  • Une inscription est corporelle quand le support technique est le corps

  • Une inscription est externe quand le support est externe au corps

( Bachimont, 2007[7], p255)

FondamentalLe supplément

La signification de l'inscription est conditionnée par les propriétés matérielles du support :

  • Le support impose un supplément à l'inscription car il ajoute de l'intelligibilité.

  • Selon le type de support, le supplément d'intelligibilité sera différent.

  • On aura donc une rationalité spécifique par type de support.

ComplémentLes thèses de la théorie du support

La théorie du support s'articule autour de la thèse centrale suivante :

Les propriétés du substrat physique d'inscription, et du format physique de l'inscription, conditionnent l'intelligibilité de l'inscription.

Elle comprend en outre les thèses suivantes :

  1. une connaissance est la capacité d'effectuer une action dans un but donné.

  2. un objet technique prescrit par sa structure matérielle des actions. L'objet technique est l'inscription matérielle d'une connaissance.

  3. toute connaissance procède d'une genèse technique. Seule la répétition, prescrite par les objets techniques, de l'action permet d'engendrer la connaissance comme capacité à exercer une action possible.

  4. la connaissance, engendrée par la technique, prescrit une transformation dans le monde des choses (l'objet technique est alors un instrument) ou une explicitation dans le monde des représentations (l'objet technique est alors une inscription sémiotique).

  5. une pensée est une reformulation effectuée par la conscience sur le support corporel qu'est le corps propre. Penser, c'est s'écrire. Toute pensée, comprise comme reformulation a pour cible de réécriture le corps propre, et comme origine, le corps propre ou une inscription externe quelconque.

  6. la conscience est un pur dynamisme intentionnel, source des ré-écritures considérées comme des interprétations et non comme un mécanisme.

( Bachimont, 2004[5], p77)